Marché en crise : Eidola éditions prend une pause

Nos trois derniers albums sont parus après plus d’un an sans nouveauté. Nous avons pris du retard dans ces parutions car en novembre j’ai décidé de quitter notre diffuseur-distributeur Makassar et au vu de son redressement judiciaire depuis mai, c’était la bonne décision.
Eidola est fragile mais pas en danger financier. Cependant aujourd’hui, une autre question se pose : dans le contexte actuel, à quoi bon continuer à publier de nouveaux livres ?

LA LIGNE ÉDITORIALE

Depuis plusieurs années, j’explore des formats différents, d’autres façons de raconter, des livres qui ne rentrent pas toujours dans les cases habituelles et pour lesquels les librairies peinent à trouver un rayon approprié. Et parfois on découvre nos livres dans des rayons totalement improbables et inadaptés au lectorat.

LA LIBRAIRIE

Aujourd’hui les libraires commandent souvent nos livres en un seul exemplaire, sans aucun réassort une fois le livre vendu. Pire, je me suis aperçue que des libraires qui ont passé plusieurs commandes d’un titre (jusqu’à 5 fois), sur demande de clients, ne savent pas à quoi ressemble le livre. Nos chances au démarrage n’existent donc plus en librairie.

LA SURDIFFUSION

J’ai visité plus de 30 librairies sur Paris (en supplément du travail de mon diffuseur) et une douzaine sur Bordeaux au printemps 2025. Malgré un très bon accueil je suis ressortie de ces visites avec une grosse déprime pour diverses raisons dont celles évoquées plus haut. Et les ventes effectives de cette tournée sont dérisoires.

LA DIFFUSION-DISTRIBUTION

60% du prix de vente est retenu par la diffusion distribution et la librairie, et les chiffres de placement à la nouveauté sont en perpétuelle régression.

LES MÉDIATHÈQUES

Nous avons créé de belles lectures musicales scénographiées avec projections d’images, et des ateliers pour les plus jeunes, mais parvenir simplement jusqu’au bon interlocuteur peut demander une énergie folle pour très peu de retours.

LES ATTACHÉS DE PRESSE

Avec les attachés de presse que j’ai pu avoir nous n’avons pas eu de meilleure revue de presse que lorsque je m’en occupe moi-même. De plus nous sommes dans un contexte où la presse consacre de moins en moins de place aux livres.

LES RÉSEAUX SOCIAUX ET LES INFLUENCEURS

Nourrir nos réseaux sociaux est extrêmement chronophage et 
concernant les influenceurs le bilan est très mitigé. Un livre peut demander deux ans de travail et il est souvent résumé à une story visible 24 heures. La fast culture appliquée au livre. Tout le contraire de ce que nous essayons de construire chez Eidola, où nous faisons vivre certains ouvrages pendant des années, avec des expositions, des lectures, des rencontres, etc.

LE FINANCEMENT PARTICIPATIF

Il s’essouffle et ne fonctionne plus pour nous.

LES SUBVENTIONS

Jusqu’ici nous n’avons pas à nous plaindre des subventions qui ont permis d’amorcer de beaux projets, mais je crains qu’elles se raréfient à partir de 2027.

LES FESTIVALS

Entre transports, logements et repas, beaucoup se terminent financièrement tout juste à l’équilibre car j’embarque souvent des auteurs avec moi.  À part 2 ou 3 festivals, nous ne pouvons pas compter dessus pour faire des bénéfices.
 Nous peinons aussi à nous faire accepter dans des festivals à la ligne indé même si notre catalogue est loin du mainstream car ici aussi nous sommes hors du moule.

L’ADMINISTRATIF

Beaucoup de temps passé aux dossiers de sub, à la reddition des comptes et au paiement des droits d’auteur mais aussi à la compta pour ne citer que cela, et maintenant la facturation électronique. Trop de temps passé sur l’administratif alors qu’on aimerait en libérer pour la promotion des ouvrages.

LES COÛTS QUI EXPLOSENT

Les logiciels Adobe et de compta sont à présent tous à la location, les coûts d’hébergement internet grimpent, mais surtout les frais d’envois explosent et les coûts d’impression restent élevés. À cela s’ajoutent perpétuellement de nouveaux frais comme ceux de la facturation électronique et de la réglementation PPWR pour les emballages avec obligation d’adhérer à un éco-organisme et de prendre un mandataire dans chaque pays où on expédie.

LES EXPOS ET ANIMATIONS

Beaucoup de travail et de dépense pour un retour sur ventes assez faible.

ALORS QUE VA-T-IL SE PASSER POUR EIDOLA À PRÉSENT ?

Nous stoppons pour le moment les publications, on observe, on reprend des forces, de la motivation et on réfléchit.
 Je continuerai à défendre notre fond qui tourne correctement. Nous limiterons les festivals à trois ou quatre par an. Nous continuerons les expositions, les lectures musicales, les rencontres et les tables rondes lorsqu’elles auront du sens, et je resterai active dans l’écosystème culturel d’Angoulême auquel je suis profondément attachée.

NOS LIVRES SERONT TOUJOURS DISPONIBLES !

Nous ouvrages sont toujours à la vente en librairie et sur notre site !
 
Si Eidola est toujours debout malgré ce triste constat, c’est parce que certains festivals et certaines librairies nous soutiennent mais surtout parce que nous avons des ouvrages qui font de bonnes ventes directes soit au public, soit aux musées (comme notre série Mimo), et un soutien indéfectible du syndicat mixte du Pôle Image Magelis. 
Je ne suis pas triste, car ce n’est pas la fin d’Eidola, et il va falloir réinventer la maison d’édition.
 

Longue vie à Eidola éditions !

Delphine Rieu

 
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