Depuis des années, les participant.es au FIBD ont tiré le signal d’alarme concernant l’organisateur 9ème art+, pour des raisons de gestions opaques, des cas de VHSS invisibilisés et normalisés, des scandales quasi annuels et des tarifs de plus en plus prohibitifs (pour les festivalier.es et exposant.es).
En novembre 2025, à l’heure de lancer un nouvel appel d’offre après 16 ans de collaboration douloureuse, la société 9ème art + a été reconduite par l’association du festival international de la bande dessinée d’Angoulême avec l’assentiment des pouvoirs publics.
C’en était trop pour les acteur.ices de la BD.
Un boycott fédéré autour du girlxcott (boycott mené par les autrices de BD) suivi par les maisons d'édition a entrainé l’annulation du festival 2026.
Acteur.ices de la bande dessinées ont démontré qu’iels ont le pouvoir d’agir et que l’on peut, ensemble, renverser les organisations véhiculant des violences systémiques.
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Mais le FIBD était devenu vital pour de nombreuses structures : maisons d’éditions locales indépendantes mais aussi pour les commerces, sociétés d’évènementiels, imprimeurs, etc.
Angoulême bouillonne toute l’année de propositions culturelles, mais le festival permettait en 4 jours seulement de booster l’économie de certains secteurs.
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Il était donc primordial que de ce boycott nécessaire naisse un devenir fertile.
Parce que ce moment fort autour de la BD fait parti de l’ADN de la ville, parce qu’un certain nombre d’acteurs sont dépendants de cette économie, parce qu’il ne fallait pas perdre le public et les médias, ne serait-ce qu’une année, parce qu’il fallait semer des possibilités de futurs communs et viables, toustes ensemble, nous nous sommes mobilisé.es pour imaginer un évènement inclusif et respectueux de nos revendications, c’est à dire :
- La gratuité pour toustes : exposant.es, participant.es, festivalier.ères.
- Une représentation équitable de tous les corps de métiers de la bande dessinée.
- Une attention particulière sur les questions des VHSS et des droits des auteurices.
- La rémunération de tous les intervenant.es de l’évènement.
- Un temps de partage et non un supermarché où on enchaine les dédicaces.
Pour ces multiples raisons, acteur.ices de la bande dessinée ont crée, en partenariat avec la ville d'Angoulême, LE GRAND OFF.
Une des singularités du FIBD, était son OFF grandissant d’année en année.
Il était évident de penser l’évènement comme une expansion de ce OFF foisonnant de propositions hybrides, alliant bandes dessinées à diverses formes d’expressions artistiques et manifestations, mais surtout, où l’édition et/ou la création indépendante est à la première place.
Une organisation collective en un temps record
Son organisation a été pensée de manière collégiale avec les auteurices, les maisons d’édition, les librairies, les associations diverses, les collectifs de créateurs, les établissements culturels, les commerçants, etc.
Pour que chacun.e ait sa place et dans la tradition du Off, le Grand Off a été construit par un ensemble d’individus, sans unique entité décisionnaire, qui a agi avec respect des compétences et des investissements respectifs.
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Le temps a été extrêmement restreint. Pour une organisation qui nécessite une année complète,
nous avons eu seulement 2 mois.
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Avec le retrait officiel de 9ème Art +, nous avons pu accéder à tous les lieux de la ville devenue alors une grande page vierge sur laquelle les mains multiples ont pu (re)dessiner un évènement émancipé.
Une collaboration avec la ville d’Angoulême a été menée pour financer le Grand Off à l’aide de subventions publiques, les acteur.ices de la culture restant néanmoins décisionnaires de son essence et sa programmation.
Une programmation foisonnante et éclectique
In fine, en 4 jours, 96 000 « passages » ont été recensés (1 passage = 1 entrée dans un lieu) et 60 lieux ont été investis dans toute la ville par plus de 150 manifestations.
Au programme : rencontres, tables rondes, spectacles, performances, concerts, concerts dessinés, projections, stands ambulants, ateliers et animations pour jeunes publics, en plus des nombreux stands, dédicaces et expositions.
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En continue et en direct, ZaïZaï Radio a suivi heure par heure l’évènement et animé les rues d’Angoulême.
Tous les soirs la ville a grouillé d’une effervescence festive grâce aux nombreuses propositions de soirées éclectiques.
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Une offre inédite pour les publics scolaires a été mise en place, avec 42 manifestations de la maternelle au lycée, allant d’une exposition avec ateliers pour « Comprendre la chaîne du livre », à une « rencontre ludique et sensorielle autour de 12 œuvres à manipuler », ou encore une « Fresque monumentale, pensée comme un immense jeu d’observation ».
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En cohérence avec la genèse du Grand OFF, syndicats de la culture et collectifs militants ont pu s’exprimer : tables rondes du Girlxcott, espace Charente Palestine, rencontres avec l’adaBD/Intersyndicale…
Un bilan inspirant
Ce Grand OFF ne fût pas international. Il ne fût pas parfait et n’a pas pu remplir les hôtels et restaurants de la ville à la hauteur d’un FIBD.
Mais
Il fût l’incarnation tangible de nos pouvoirs à agir ensemble.
Il fût la cristallisation d’un devenir inspirant, qui s’essaye à (re)penser des modes fertiles et inclusifs.
Il a permis aux petites maisons d’édition et collectifs de sauver leur financement de début d’année. Il a maintenu ce moment de rencontres si cher aux acteurices de la BD et au public, avec un écho médiatique important..
La sensation de retrouver « un festival comme à ses origines » (accessible, festif et respectueux) est partagé par le plus grand nombre.
Et pour tout ça, nous nous joignons à l’enthousiasme de cet évènement qui fut un joyeux foutoir culturellement exigeant.
Et nous, qu’avons-nous proposé chez Eidola ?
Ateliers Miaou !
En s’inspirant des codes graphiques de la bande dessinée Miaou ! de Joana Estrela, nous avons cherché à reconstituer une pièce de maison. Du mobilier aux lignes bleus, des tapis-chats, de grandes tentures peintes de fausses étagères, cet espace immersif se scindait en différents pôles : un espace d’ateliers accompagnés de médiatrices, un espace d’ateliers et jeux en autonomie, une zone calme et confortable de lecture.
Il y a eu du passage dans la maison miaou, un vrai moulin !
Lecture musicale Prelude of a Queen
Le public a répondu présent. La séance était complète plusieurs jours avant la représentation pour la lecture musicale de l’album Prelude of a Queen, par Banda Luztique, Drag Queen angoumoisine.
Cette performance sur le texte de Lili Miller repousse les frontières de la lecture traditionnelle grâce à une projection des illustrations animées de Zoé Crevette et la lecture scénographiée avec lipsyncs des chansons du livre écrites par Francky Gogo.
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Cette manifestation poétique et queer, sur l’acceptation de nos différences fût suivie d’une séance de dédicaces avec Zoé Crevette et d’un photobooth avec Banda Luztique.
Exposition Le signe de Pao
Au pavillon UNESCO, l’exposition scénographiée de la bande dessinée Le signe de Pao, ne fût pas de tout repos pour ses créateur.ices, Juliette Vaast et Jean François Chanson. Les dédicaces se sont enchainées tout le long du Grand OFF. Sur les murs, on pouvait découvrir un mélange de dessins originaux et de planches, de matières et textures qui habitent le récit et d’un travail documentaire scénographié sur l’art pariétal et les pratiques artisanales d’il y a 20 000 ans.
Les stands
Pour le Grand OFF, 2 stands Eidola éditions : au village des éditeurs (regroupant 80 exposant.es et 200 auteur.ices) et sur le plateau au Pavillon Unesco.
Au total, 12 auteur.ices/illustrateur.ices/coloristes ont été présents pour dédicacer et rencontrer les publics sur nos stands. Par vague, les vagabondeur.euses du Grand OFF affluaient, mais il était (presque) toujours possible de prendre le temps de discuter, de partager les nouvelles trouvailles et d’échanger sur cet évènement inédit…
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Nous ne savons pas à quoi ressemblera le prochain festival mais ce Grand Off restera dans les mémoires.




